« Entretien avec un vampire » de Anne Rice

Le vampire comme étranger à soi-même; un prédateur solipsiste, meurtrier par essence, consubstantiellement maléfique, et pourtant, pétri de passions et d’appétences duales.

Truffé d’allégories homoérotiques et de compagnonnages propédeutiques, le récit propose une parabole sur un mal-être au monde.

Anne Rice dépeint avec finesse le cheminement à travers les ages d’une créature désenchantée devant opter malgré-elle, dans ce processus de déshumanisation et d’amoralisation inéluctable, pour un cynisme salvateur. En effet, bien que jouissant d’une jeunesse éternelle, le vampire, s’il ne prend garde, succombe au spleen, à l’apathie.

Échappant aux retranchements grégaires et se refusant à l’esthétique sanguinaire, le vampire observe son humanité s’évaporer au fil des morsures successives.

Ainsi, bien qu’ayant délaissé l’Humain en soi des siècles plus tôt, le vampire appairait ici presque trop humain; au pathos omniprésent et dévastateur.

Une fresque délicieusement cruelle. On prend vite gout aux témoignages d’êtres errants et aimants par delà bien et mal.

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