« La tentation du christianisme » de Luc Ferry

Ce double exposé de l’ancien Ministre de l’Éducation du gouvernement Raffarin, philosophe d’une vie réussie à ses heures, et de l’éminent spécialiste de l’antiquité Lucien Jerphagnon, revient sur le retournement des valeurs opéré au début de notre ère par le Christianisme.

Pour Jerphagnon, le Christianisme résulte d’un sentiment de vide, d’une « carence spirituelle », disposant de « ce supplément d’âme que la religion à la romaine ne procurait guère. » (p. 31). Ferry quant à lui, invoquant une nouvelle fois sa thèse « selon laquelle la philosophie est toujours sécularisation d’une religion » (p. 100), se focalise principalement sur le rapport aux stoïciens, balayant en cela d’un revers de manche l’apport des atomistes antiques, Démocrite et Epicure en tête, et autres hédonistes, sceptiques ou cyniques.

Ferry commente ainsi abondamment la doctrine stoïcienne du Cosmos, ordre juste que Nietzsche appellera « l’amor fati », l’amour du présent tel qu’il nous a été destiné (p. 75). Un monde comme organisme vivant répondant à une logique autopoïétique, où chaque élément est à sa juste place. En cela, Ferry souligne que « toutes les morales démocratiques, sans aucune exception, sont directement héritières du christianisme. » (p. 97)

Alors que l’exposé de Jerphagnon brille par son humilité, Ferry ne peu s’empêcher de formuler quelques piques, sur « les petits nietzschéens de gauche » d’aujourd’hui (p. 109) – relent symptomatique et malheureux de cette clique de vieux jeunes philosophes, nietzschéens repentis ou honteux.

Alors que Jerphagnon se définit comme agnostique mystique, Ferry, philosophe de la déception tel son comparse Comte-Sponville, se pose en athée fidèle ou incroyant aigri; ne pouvant lui-même succomber à cette tentation chrétienne; le tout paraissant « trop beau pour être vrai » (p. 120)

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