« Rhétorique et langage » de Friedrich Nietzsche

Cet opuscule inédit propose un regard sur l’œuvre proprement philologique de Nietzsche. Indissociable d’une certaine musicalité et d’une rythmique quasi poétique, la rhétorique représente pour Nietzsche « la plus haute activité intellectuelle de l’homme politique achevé ». Compétence divine, elle signifie le « beau » – le rhéteur est « dieu parmi les hommes » (p. 50).

Elle signale également la supériorité des Grecs : « c’est dans le pouvoir-discourir que se concentre progressivement l’hellénité et sa puissance. » p. 67. Selon Nietzsche, « l’antiquité ne mérite pas d’être proposée en exemple à toutes les époques pour son contenu : mais bien pour sa forme » (p. 76).

En comparaison, Nietzsche perçoit ses contemporains comme « beaucoup plus décolorés et abstraits » (p. 36), regrettant que la formation du peuple soit « incroyablement plus rudimentaire que dans le monde hellénistique-romain ; […] les effets peuvent être obtenus par des moyens beaucoup plus lourds et grossiers ; toute finesse est écartée, ou excite la méfiance ; au mieux, elle a son petit cercle de connaisseur » (p. 68).

Peu accessible de prime abord, le travail de Nietzsche procède par prélèvement et détournement, citant tour à tour Schopenhauer et Cicéron. Un travail déviant in fine de la mécanicité propre à l’analyse sémantique – une démarcation assumée : « le philologue lit encore des mots, nous Modernes ne lisons plus que des pensées » (p. 75).

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