« La Religion du capital » de Paul Lafargue

Farce construite autour d’un chimérique congrès de Londres où représentants de la Bourgeoisie mondiale et leurs alliés cléricaux décidèrent d’une parade face au socialisme émergeant; une religion autour du Dieu Capital, capable par ses commandements de rétablir l’ordre et de réenchanter « la bête populaire ».

« Je suis le Dieu qui bouleverse les Empires: je courbe sous mon joug égalitaire les superbes; je broie l’insolente et égoïste individualité humaine; je façonne l’imbécile humanité pour l’égalité. »

En Zarathoustra monétaire, l’Ecclésiaste du Capital y dresse les contours du capitaliste, fidéiste zélé : « Si un seul capitaliste est lésé dans ses intérêts, la société tout entière est en souffrance; car l’impossibilité d’accroître le Capital est le mal des maux; le mal contre lequel il n’existe pas de remède. »

A méditer en ce temps de crise où certains actionnaires vocifèrent, redécouvrant la nature contingente per se des spéculations et autres boursicotages – une tautologie en soi.

Aussi, les « lamentations de Job Rothschild » dégagent la nécessité des parachutes dorés: « Les capitalistes, mes semblables, en voyant mon malheur, sauront que ta grâce est capricieuse, que tu l’accordes sans raison et que tu la retires sans cause […] Pour ta gloire, replace-moi en ma position perdue, relève-moi de mon abjection. »

Selon l’Ecclésiaste, le « Capital sera le dernier des Dieux ». La « crise » éloquente dans laquelle nous pataugeons serait-elle la saillie d’un Gai savoir contemporain; un Dieu trépassant une seconde fois?

Une lecture conseillée en ces temps crépusculaires…

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« Le droit à la paresse » de Paul Lafargue

Beau-fils de Marx, adepte du suicide antique et décrit par Lénine comme « l’un des propagateurs les plus doué et les plus profonds du marxisme », Paul Lafargue nous livre dans ce classique un manifeste eudémoniste bien éloigné des hystéries ouvrières traditionnellement induite par l’auteur du Capital, qui se montrait d’ailleurs fort réservé à son égard: « ce sacré Lafargue m’ennuie avec son proudhonisme et il me laissera pas tranquille avant que je ne lui aie cassé sa tête de créole ».

Lafargue harangue la classe ouvrière, masochiste et naïve, réclamant du travail à tout va. Il épingle la bourgeoisie qui « affranchit les ouvriers du joug de l’Eglise pour mieux les soumettre au joug du travail » (p. 37) et décrit avec cynisme les réformes apportées par le protestantisme, « détrônant le ciel des saints pour abolir sur terre leur fêtes » (p. 38) – saints qui auparavant garantissaient 90 jours de repos au travailleur.

Un diagnostic intemporel de prime abord; Lafargue s’insurge contre les économistes de son temps éructant leur sinistre rengaine: « travaillons, travaillons pour accroître la richesse nationale (p. 54) ». Prônant – à juste titre – la journée de 3h, il appelle de ses vœux une société du spectacle, distrayant l’ouvrier « en régime de paresse » (p. 60) – médiocrité grégaire parmi d’autres.

Aussi, contemporain de Jules Verne, Lafargue pêche par apologie mécaniste – « la machine est le rédempteur de l’humanité (p. 70) ». Et malgré un détour salvateur par l’antiquité, citant Platon, Xénophon ou Ciréron – « quiconque donne son travail pour de l’argent se vend lui-même et se met au rang des esclaves » (p. 68) – il se livre en guise de conclusion à une diatribe vulgaire, suintante de ressentiment, envers puissants et possédants, propre aux « rats socialistes » de son espèce, clamerait Nietzsche…