« LQR : La propagande du quotidien » de Eric Hazan

Avec La LQR (Lingua Quintae Respublicae), Hazan dénonce une entreprise systématique de contamination sémantique.

Calquée sur la LTI (Lingua Tertii Imperii), la novlangue du IIIe Reich jadis décodée par Victor Klemperer, la LQR s’attelle à l’intertextualité sous la Cinquième République.

Contrairement à la création des services dirigés de main de maître par Goebbels, la LQR, fille bâtarde des publicitaires et des économistes, se présente sous forme de système autopoïétique; un « darwinisme sémantique » où « les mots et les formules les plus efficaces prolifèrent et prennent la place des énoncés moins performants » (P. 13).

Règne de l’euphémisme, dérives sémantiques et détournement langagier : « Crise », « gouvernance », « réforme », « croissance », « convivialité », « feuille de route », « pays en développement », « transparence », « tolérance zéro », transfiguration des pauvres en « exclus ». Mots plastronnés, matraqués par les agenda-setters de la sphère néolibérale, par la classe politique et les journaleux : « la langue des médias et des politiciens a une prédilection pour les mots qui sont (…) les plus globalisants, immenses chapiteaux dressés dans le champ sémantique et sous lesquels on n’y voit rien » (P. 48).

Déchiffrage intéressant avant la prochaine messe cathodique d’un Pujadas et autre Harry Roselmack.