« Le Tea Party. Portrait d’une Amérique désorientée » d’Aurélie Godet

Le 19 février 2009 aura bouleversé l’histoire politique des États-Unis. Ce jour marqua l’entrée en scène d’un mouvement qui allait, sinon profondément peser sur le mandat de Barack Obama, donner de nouveaux contours à l’opposition au pouvoir washingtonien. Ovni politique, Frankenstein activiste d’essence numérique ou mouvement s’inscrivant dans la longue histoire du conservatisme américain ? L’ouvrage d’Aurélie Godet propose de nombreux points d’entrée pour une analyse complexe de « cette mouvance aux contours certes mal définis, mais qui suscite la sympathie d’environ 20% de la population américaine » (p. 7).

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« Le palais de cristal : A l’intérieur du capitalisme planétaire » de Peter Sloterdijk

Sloterdijk propose dans cet ouvrage un décryptage holistique de l’être-au-monde « mondialisé ». Comme souvent chez le philosophe allemand, la densité ontologique requiert des temps d’arrêt; l’espacement des moments d’imprégnation paraît indispensable au risque d’une surchauffe du décodeur…

Il s’agit de répondre à la question suivante : comment a-t-on pu en arriver aux situations de l’âge global?

Pour rendre compte du climat d’un « système intégral de marchandise », Sloterdijk évoque l’idée d’un palais de la consommation à l’échelle planétaire ; une architectonique du grand intérieur. Sloterdijk se base ici sur l’image du palais de cristal forgée par Dostoïevski – métaphore renvoyant au fameux grand édifice de l’Exposition universelle de 1851 à Londres.

L’auteur propose dès lors une contre-histoire du cheminement vers l’établissement du palais de cristal. Cette grande marche vers le confort – où l’on croise conquistadors, colons, explorateurs, télécommunicateurs catholiques et news groups jésuites – débouche sur une posthistoire contemporaine ; une cristallisation de toutes les espèces de passés en plasma d’une « history of everything » (P. 240).

D’après ce diagnostic précis, l’ennui diffus, d’une part, le stress non spécifique, d’autre part, constituent les universaux atmosphériques de l’existence en serre. Une serre autopoïétique qui débouche également sur un état d’ »apartheid universel ».

Impossible de rendre compte ici de l’exhaustivité quasi-hypertextuelle des propos précités. Notons tout de même que les interrogations de Sloterdijk s’avèrent éminemment actuelles:

« Pour ce qui concerne le capitalisme spéculatif comme programme invasif et abstrait débouchant sur la réussite, il faudra appeler ses exégètes actuels à prouver qu’ils ne sont pas les partisans d’une secte opérant au niveau global ; le soupçon de « capitalisme comme religion » est exprimé et attend qu’on le dissipe. » (p. 374)

En matière de coalitions politiques Sloterdijk présage le retour conditionnés aux anciennes valeurs – l’alliance entre converservatisme et « Postfossilité ». Alors que la social-démocratie ennuie, une situation post-libérale alliant partis libéraux-conservateurs et écologistes augurerait ainsi la synthèse hybride d’avant-gardisme technique et de modération éco-conservatrice.

Aussi, sur base de ces propos, dans ce « Monde libre » et véritablement clos, un Président Obama, figurerait comme concierge-en-chef du palais de cristal ou superintendant du Grand-Magasin. En particulier si l’on considère que « les frontières externes de la serre sont en effet marquées, pratiquement partout, par la présence de troupes américaines. » (p. 354)

De même, qui pourrait nier que « l’Union européenne après son parachèvement relatif en mai 2004 […] est aujourd’hui précisément incarnée dans un grand intérieur de ce type ? » (p. 246). L’UE, cet espace de l’ultra-confort et du cocooning aseptisé…