« Entretien avec un vampire » de Anne Rice

Le vampire comme étranger à soi-même; un prédateur solipsiste, meurtrier par essence, consubstantiellement maléfique, et pourtant, pétri de passions et d’appétences duales.

Truffé d’allégories homoérotiques et de compagnonnages propédeutiques, le récit propose une parabole sur un mal-être au monde.

Anne Rice dépeint avec finesse le cheminement à travers les ages d’une créature désenchantée devant opter malgré-elle, dans ce processus de déshumanisation et d’amoralisation inéluctable, pour un cynisme salvateur. En effet, bien que jouissant d’une jeunesse éternelle, le vampire, s’il ne prend garde, succombe au spleen, à l’apathie.

Échappant aux retranchements grégaires et se refusant à l’esthétique sanguinaire, le vampire observe son humanité s’évaporer au fil des morsures successives.

Ainsi, bien qu’ayant délaissé l’Humain en soi des siècles plus tôt, le vampire appairait ici presque trop humain; au pathos omniprésent et dévastateur.

Une fresque délicieusement cruelle. On prend vite gout aux témoignages d’êtres errants et aimants par delà bien et mal.

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« Tribunal d’honneur » de Dominique Fernandez

Fresque sensuelle fascinante sur les intrigues politiques autour de la descente aux enfers de Tchaïkovski; génie au fatum pathétique assumé – Une partie d’échec privée et publique prenant quelque fois la forme d’un dialogue platonicien autour des répercussions d’un uranisme ostentatoire dans une camarilla petersbourgeoise slavophile bien qu’en transformation…

« Dans la main de l’ange » de Dominique Fernandez

Prix Goncourt 1982, ce livre n’a rien perdu de sa sombre fraicheur. Décrépitude haletante d’un profil psychologique souvent traité par Fernandez: le sulfureux et non moins célèbre Pier Paolo Pasolini, antihéros nihiliste prophète de son propre cataclysme anthropologique, vivant l’anticonformisme comme une profession de Foi; le passionné informé précocement de sa destinée tragique.

« Le mépris laïque envers ceux qui ne sauront pas apprécier les avantages de la société d’abondance sifflera sur leur dos comme jamais le fouet de Moïse n’a sifflé… »

« Quoi! Il faudrait désormais accrocher un insigne à son veston? Nous marcherions sous une bannière? Je devrais me vanter de ce que je suis comme d’une spécialité? J’entrerais dans une catégorie? Ce qui ne dépend pas plus de ma volonté que la couleur de mes cheveux ou la forme de mon nez deviendrait une cause à défendre? »