Peter Sloterdijk : Le Football comme atavisme et comme simulation communautaire

Extraits d’un entretien donné par Peter Sloterdijk en juin 2006 au magazine Der Spiegel. Texte Intégral (en allemand) ici.

Pour Sloterdijk, « le Football relève de l’atavisme et constitue un protocole expérimental [Versuchanordnung] anthropologique. Depuis plusieurs milliers d’années, les hommes cherchent une réponse à la question : que faire avec des chasseurs dont plus personne n’a besoin ? »

« D’après notre Design anthropologique, les hommes sont conçus pour participer à des parties de chasse. Pourtant, depuis environ 7000 ans, depuis les débuts de l’Agriculture, les chasseurs se retrouvent soumis à un programme massif de sédation [Sedierungsprogramm]. (…) On comprend très vite ce qui se négocie sur le terrain dès que l’on rejette l’anéantissement de son ‘chasseur intérieur’ et libère ses ancestraux réflexes de chasse [Jagdgefühle]. C’est le plus vieux sentiment de réussite de l’Humanité qui se trouve à nouveau mis en scène : atteindre – à l’aide d’un objet balistique – une proie cherchant à tout prix à se protéger. C’est ici que l’on parlera de « deep play », terme qui traduit ce type de jeu mobilisant l’humain dans son for intérieur. »

D’autre part, l’équipe nationale est l’un des rares concepts où le mot « nation » est encore toléré. Sloterdijk y perçoit des rituels de délégation et de représentation auxquels participe une grande partie de la population : « Il s’agit d’une entreprise restauratrice, voire régressive, alors que les peuples évoluent dans un contexte postnational. » 

En dehors d’un tournoi, les équipes nationales ne répondent à aucune réalité tangible. Toutefois, « durant la compétition, elles invitent à une simulation collective rappelant à la population que, si elle le désire, celle-ci peut également s’identifier nationalement. » Constructions factices et marketées mais néanmoins matrices identitaires comblant une situation carentielle bien réelle.

Et cela fonctionne d’autant plus remarquablement que le sentiment de participation demeure chroniquement sous-sollicité, souligne Sloterdijk : « Nous ne vivons pas dans un monde qui répond au besoin de participation. » Au contraire, en règle générale, l’obsession communautaire se voit condamnée. « Pourtant, subsistent certaines situations permettant de s’identifier nationalement pendant quelques heures » où cette même obsession communautaire se trouve tolérée. En témoignent les chaussettes pour rétroviseurs et le tapage nocturne autorisé.

« Le Tea Party. Portrait d’une Amérique désorientée » d’Aurélie Godet

Le 19 février 2009 aura bouleversé l’histoire politique des États-Unis. Ce jour marqua l’entrée en scène d’un mouvement qui allait, sinon profondément peser sur le mandat de Barack Obama, donner de nouveaux contours à l’opposition au pouvoir washingtonien. Ovni politique, Frankenstein activiste d’essence numérique ou mouvement s’inscrivant dans la longue histoire du conservatisme américain ? L’ouvrage d’Aurélie Godet propose de nombreux points d’entrée pour une analyse complexe de « cette mouvance aux contours certes mal définis, mais qui suscite la sympathie d’environ 20% de la population américaine » (p. 7).

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