Quebec. Not for me

200 étudiants (francophones) rassemblés fin mai à Bruxelles, pour manifester leur soutien à l’égard des étudiants québécois, engagés dans le « Printemps érable ». Pourquoi pas. Affinités électives conditionnées par un parler commun, une intertextualité résiduelle, une solidarité de classe ! Cette tendresse toute particulière qu’éprouvent certains belges pour le Québec m’est pour le moins étrangère.

On m’a tellement vanté la Belle Province. Des amis s’y sont même installés. Mes impressions récentes du Québec sont néanmoins bien différentes. Aussi, à défaut d’émerveillement on compensera avec un regard d’entomologiste et quelquessnapshots ultra-subjectifs.

Premier télescopage sonore. « Bienvenu » ! (Welcome francisé). Lave-auto et lave-chien. La pureté prescrite d’un idiome renaissant. Et cette assurance dans la voix ! « D’abord boarder avant d’entrer » m’indique un colosse moustachu. Contrairement au québécois, le belge est un français brouillon, langue pâteuse, craquelée et peu sûre. À l’opposé, le joual, ce sociolecte jovial, nasillard et percutant est une réinvention assurée ; une bifurcation du langage assumée.

Voyage en car. Il n’y a rien de plus identique que deux forêts de conifères. Ennui.

Arrêt à Magog : Settlement posé nulle part devenu Suburb. L’aspect rugueux du trappeur sédentaire se substituant à la noblesse du peau-rouge.

Agglomération en vue et premier contrecoup. À Montréal, beaucoup de déchets humains, de laissés-pour-compte. Des mis-érables. Ils errent tels un attelage de chevaux blessés ; fourbus, incapables de continuer la course, abandonnés sur le bas-côté. Estropiés de la vie. Honteux d’avoir raté leur rêve américain.

Soit. Il y a toujours cet enthousiasme des premiers colons. Sourire rayonnant, volonté enjouée de conjurer le sort, le bonheur d’avoir survécu à tant d’hivers. Cette promesse, cet optimisme d’une vie nouvelle demeure dans leur patrimoine génétique.

Le crêpier take away est français : « je ne suis pas plus montréalais que toi ».

Historiquement pieux, jusque dans leurs jurons, la vie est ici une prière enfantine. L’esprit des premières communautés bigotes perdure. Grand enthousiasme mais absence totale de second degré.

Et cette carence en cynisme me désespère. Moi, dont le vécu repose sur cette fange ancestrale de la vieille Europe – continent condamné à l’ensevelissement, aux souvenirs déjà réinterprétés par l’industrie culturelle américaine. Oui. Get over it ! Les Québécois sont des Américains. Sur TV5, coupez le son : leurs présentatrices télé arborent le même brushing que les compagnes de candidats à l’investiture Républicaine. Le cordon est définitivement coupé. Le Printemps érable ? Un dernier soubresaut d’européanité outre-Atlantique avant l’américanisation parachevée.

Oui, des Américains. Peuple à la généalogie pécuniaire ou mystique, greffe artificielle réussie dans un néo-terroir.

Pour ma part ; rejet du greffon assuré.

J’éprouve une timidité maladive face à ce peuple extraverti. Ma misanthropie très « vieux continent » tranche avec leur entrain. Mais peut-être est-ce cela que viennent chercher les nombreux migrants : une innocence retrouvée, qui ne peut comprendre le culte de l’abime séculaire.

Je reste pourtant convaincu qu’ici, sur le fumier des siècles successifs, sur cette terre d’Europe maintes fois retournée (faute de place), dans ce terreau éminemment fertile grâce aux cadavres qui s’entassent, naissent encore des pensées fécondes.

Ce texte fut publié sur Ultra Gonzo 2.0, projet journalistique ultra-subjectif éphémère (25 mai – 25 juin 2012)

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