« La Tyrannie de la communication » de Ignacio Ramonet

ImageÀ l’heure d’une dynamique d’hystérisation à peu près assimilée par l’intégralité de la sphère médiatique, il est bon de se replonger dans cette œuvre avant-courrière d’Ignacio Ramonet parue en 1999 et pouvant être appréhendée au gré d’une remarque formulée jadis par le journaliste Claude Julien, aujourd’hui décédé, :  « depuis une trentaine d’années nous n’avons jamais vu déferler sur nous autant d’informations et nous n’avons jamais été aussi mal informés ».

Le diagnostic du métier de journaliste ici dépeint demeure plus qu’accablant. Ramonet observe une auto-abolition du journaliste :  sa fonction étant devenue pratiquement inutile. Un journaliste qui pourrait tout aussi bien être rebaptisé « instantanéiste » ou « immédiatiste », simple lien permettant de connecter l’événement à sa diffusion. Le système médiatique pourrait vraisemblablement fonctionner sans lui. Un journalisme passé de l’artisanat « noble » à l’industrie entraînant une Taylorisation du métier – une standardisation et une réification, au sens de Walter Benjamin, par l’entrée dans le circuit de la consommation informationnelle de masse.

Mimétisme médiatique, hyperémotion et auto-stimulation. Ramonet note que la presse a découvert de nouveaux territoires d’information, que sont la vie privée des personnalités publiques et les scandales liés à la corruption et à l’affairisme. La presse nourrit ses lecteurs avec, ce que Georges Perec nommait l’infra-quotidien, puisé dans la vie des stars. Et quelles stars ? En cette phase cannibale de la culture de masse, il s’agit avant tout de fabriquer des célébrités précaires, des célébrités jetables. La qualité des mythes véhiculés est donc digne du fast-food – un « fast-food mythologique ».

Avant l’heure des blogs et du crowdsourcing, Ramonet évoque un citoyen-récepteur qui n’est pas sans rappeler la théorie des effets puissants de l’école de Francfort. Critique face à ce qu’il nomme la « télépoubelle » –  primauté du local face à l’international et effet de miroir –  Ramonet concluera en reprenant les mots de François Jost : « ce n’est pas de l’information, c’est de la confirmation ». Micro-trottoir über alles !

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