« In vino veritas » de Søren Kierkegaard

Écrit en 1844, In vino veritas, se présente tel un Sumpósion danois. Mais contrairement à l’objet du Banquet platonicien – brainstorming antique sur la nature d’Eros – c’est de l’amour des femmes qu’il est ici question. Femmes naturellement exclues du festin.

« Les femmes ne devraient jamais assister à une fête. (…) Puisque manger et boire sont les éléments les plus importants d’une fête, la femme ne doit pas être présente ; car elle n’est pas capable de « tenir » et le serait-elle, qu’elle manquerait d’esthétique. Sitôt que des femmes assistent à une fête, il faut limiter le boire et le manger à l’accessoire, manger et boire doivent alors se réduire à la proportion d’un modeste ouvrage féminin fait surtout pour occuper les mains » (p. 36-7).

Ce chapelet de vérités aux fragrances délicieusement zemmouriennes s’inscrit dans le cahier des charges d’un banquet ayant In vino veritas comme leitmotiv : « le vin étant la défense de la vérité et la vérité celle du vin » (p. 40). Personne ne devrait donc parler avant d’avoir bu, et il fallait « soit ressentir toute la puissance du vin, soit se trouver dans cet état où l’on parle beaucoup et malgré soi, sans pour cela que la cohésion du discours de la pensée soit constamment interrompue par des hoquets » (p. 48).

Cinq protagonistes arpentent ce dialogue : « Johannès, surnommé le séducteur, Victor Eremita, Constantin Constantius, et deux autres ». Parmi ces « sans proprium » figure un jeune homme soigneusement décrit : «  Mince, finement bâti, très brun, il n’avait en effet pas plus d’une vingtaine d’année » (p. 30-1). Charmide – à la sauce Kierkegaard – se targuant de n’avoir aucune histoire de cœur à son actif. C’est pourtant ici que l’idéal esthétique kierkegaardien est porté à son paroxysme : « l’amour correspond à ce qui est digne d’être aimé, et ce qui est digne d’être aimé c’est l’inexplicable » (p. 58).

Mais la femme revient vite au centre des débats : « Toute l’importance de la femme est négative, son importance positive est nulle en comparaison de l’importance qu’elle prend en devenant même destructrice » (p. 109).

La mode en point d’orgue : « C’est la mode qui est femme, car la mode est l’inconstance dans le non-sens, et elle ne connaît qu’une conséquence avec elle-même : c’est de devenir toujours de plus en plus archifolle » (p. 119) ; « Voilà pourquoi une femme devrait toujours prêter serment au nom de la mode, car son serment aurait une valeur ; la mode est la seule chose à laquelle elle pense toujours, la seule chose que sa réflexion parvient à rassembler avec tout et dans tout » (p. 126).

Les paroles du sage Johannès viendront profitablement clore ce discours fort distrayant.

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