« Séduire. L’imaginaire de la séduction de don Giovanni à Mick Jagger » de Frédéric Monneyron

La littérature ayant pour fonction d’imposer des modèles de comportements, Frédéric Monneyron choisit d’emblée d’axer son étude des schèmes structurant l’imaginaire de la séduction autour de la figure mythique de Don Juan. Le contraste entre le Don Giovanni de Mozart le Johannes de Kierkegaard témoignant fort justement du passage d’une société holiste à une société individualiste : « entre un séducteur méditerranéen qui sacrifie à une « éthique de la quantité » et un séducteur nordique qui sacrifie à une « esthétique de la qualité », entre la séduction immédiate du premier et la séduction tactique du second » (P. 14-15). Une piste intéressante, qui aurait mérité une dissection plus conséquente.

La séduction comprend des risques, estime Monneyron. Le premier, c’est d’être séduit par un homme. Le second : se trouver en concurrence avec une femme. Aussi, la question de l’androgyne, qui paraît d’abord centrale dans l’analyse de la séduction ne sera finalement que peu traitée, puisque pour Monneyron, séduire revient plus concrètement à passer par le féminin et, d’une manière ou d’une autre, s’efféminer – ou pour reprendre l’expression d’Alain Roger : « Le séducteur (hétérosexuel) n’est qu’un lesbien » (p. 27).

Ce postulat paraît d’emblée fallacieux. Associer séduction et effémination revient à puiser dans le modèle crypto-patriarchal freudien, (une « effémination » que l’on retrouvera également épinglée par Nietzsche, de façon assez navrante) et se heurter autant aux théories du genre qu’aux conceptions anciennes d’un esthétisme naturaliste tel que relevé par Péladan : « comparez le coq et la poule, le lion et la lionne. Par quel renversement des idées normales, sommes-nous venus à considérer que nous avons le droit d’être laids et que la femme incarne la beauté? Elle lui est inutile, puisque la concupiscence suffit à attirer et à retenir l’homme ».

Monneyron ne quittera jamais ce présupposé puritain ; celui d’un masculinisme larvé, résolument bourgeois où, loin des perruques rococos ou des caches sexes médiévaux,  la séduction ne peut qu’évoquer une transgression du genre, une sublimation par le féminin. Une question du genre ici abordée de manière essentiellement binaire.

L’argumentaire monolithique ratisse large. Aussi, Monneyron, après Daniel Salvatore Schiffer (avec qui il partage un certain goût pour le kitsch de l’apparat dandesque…) se fend également d’une conceptualisation bancale du dandy – ne craignant ni les incohérences ni les citations, qui étonnamment contrediront son propos à plusieurs reprises. Faisant lui-même du féminin LA référence esthétique des dandys – « Le dandy emprunte aux femmes » il notera par ailleurs, en citant Baudelaire, que la femme est le contraire du dandy…

Cette fixation sur une effémination consubstantielle à la séduction, ici puissamment documentée et soigneusement construite, bien entendu, se défend. Rabâchée de page en page, elle peut néanmoins s’avérer rapidement indigeste. Un Monneyron faisant l’impasse aussi bien le mystère de l’androgyne que la figure de l’éphèbe, récemment analysée par Germaine Greer. Exit Charmide !

L’auteur préférera marteler sa thèse de page en page : « Chez Weiss et chez Drieu La Rochelle, c’est à peine si on peut remarquer que les deux séducteurs utilisent quelques armes féminines – parce que marquées du sceau de la passivité – comme le détachement, l’indifférence et la distance » (P. 101). Frisant parfois l’excès : « Louis II de Bavière oppose aux fonctions viriles du pouvoir que l’on attend de lui des goûts, censément féminins pour les arts et la musique et des attitudes molles et efféminées » (P. 125). Et nous gratifier d’incursions psychologistes : « Ce qui peut être considéré comme un retour du refoulé, de l’effémination refoulée en l’occurrence, prouve tout d’abord la permanence de ce qui la fonde: l’appréhension ressentie devant les différences physiques » (P. 122).

Moraline et tartufferie viriliste exsudent de cet ouvrage au postulat sommaire : pour séduire, le masculin s’aligne sur le féminin. Point, à la ligne. Fallait-il en écrire davantage ?

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