« Le Peintre de la Vie moderne » de Charles Baudelaire

Constantin Guys, peintre aujourd’hui pour le moins tombé dans l’oubli, apparait dans cet essai hagiographique sous les traits d’un M.G., personnage conceptuel permettant à Baudelaire d’esquisser diverses réflexions autour de la modernité : treize chapitres, écrits de novembre 1859 à février 1860, qui firent d’abord l’objet d’une publication dans les colonnes du Figaro en 1863 – verrait-on chose pareille aujourd’hui ?

La modernité comme échappée contre-nature. À travers M.G., Baudelaire vante la parure, la toilette et le maquillage comme autant d’efforts de la femme pour s’affranchir de sa naturalité corporelle. On retrouve ici le même plaidoyer que chez Wilde : « La nature n’enseigne rien, ou presque rien, […]  c’est la philosophie, c’est la religion qui nous ordonne de nourrir des parents pauvres et infirmes. La nature nous commande de les assommer »  (p. 62).

La beauté « naturelle » n’existe pas, elle est avant tout convention. L’idéal de beauté s’inscrit dans un temps et correspond à une fonction avec, selon Baudelaire, des répercussions morphopsychologique sur les individus : l’idéal façonnant l’apparence – « chaque siècle avait, pour ainsi dire, sa grâce personnelle » (p. 49). Transitivité des époques et du beau. L’absence d’un tel ancrage plongerait l’œuvre et les individus dans le vide d’une beauté abstraite et indéfinissable. La modernité comme évolutionnisme culturel au sens darwinien : « Les siècles introduisent la variété, non seulement dans les gestes et les manières, mais aussi dans la forme positive du visage » (p. 29).

M.G. permet également à Baudelaire de formuler sa propre définition du dandysme. Le Dandy se présente avant tout comme archétype crépusculaire émergeant entre deux époques, comme « dernier éclat d’héroïsme dans les décadences » (p. 56). Son objectif est, là aussi, de sublimer son temps à travers l’artifice, par une quête solipsiste. Aussi, précurseur ou éternel décalé, le Dandy demeure un prophète achronique, sans prophétie.

Une définition salutaire à l’heure d’un post-postmodernisme envisageant le dandysme comme posture consumériste parmi d’autres. Là où l’anticonformisme relève du mimétisme, les résurgences contemporaines – démocratiques – du dandysme paraissent pour le moins, anachronique, voire profondément antithétique à sa nature héroïque. « Hélas ! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons » (p. 56).

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