« Contre-histoire de la philosophie : Tome 6, Les radicalités existentielles » de Michel Onfray

Dans cette sixième croisade contre l’historiographie dominante, Onfray s’intéresse à Thoreau, Schopenhauer et Stirner ; trois penseurs ayant en commun leur solipsisme radical et leur absence de sens commun.

Onfray nous gratifie d’entrée d’une litanie sur Thoreau, philosophe écologiste technophobe, misanthrope en définitive assez détestable, qui « à la manière de Diogène, veut ensauvager son peuple (p. 96). » Fomentant l’idée d’une utopie communautaire pour in fine s’isoler, on n’éprouve aucune envie de rejoindre le penseur de Walden dans sa cabane au fond du jardin… Notons qu’il y a du Thoreau chez Onfray ; le repli amer, le « Recours aux forêts », la cristallisation d’une pensée autour d’une terre originelle (Argentan) – Heimat et humus constitutif: le terroir-terrier.

Onfray présente ensuite Schopenhauer comme un épicurien moderne, un penseur des lumières romantiques luttant contre l’obscurantisme de l’idéalisme allemand. Comparée à la psychagogie allègre d’un Matzneff dans son « Maîtres et complices », le Schopenhauer d’Onfray suppose un être aux afflictions héréditaires, un hypocondriaque allergique au bruit, aux vêtements démodés et indéfectiblement accompagné d’un caniche. Aussi, chez Onfray, l’on scrute en premier lieu les recoins de la médiocrité humaine, déterminant la genèse de toute pensée ultérieure.

Chez Schopenhauer, « le pessimisme de raison se double d’un optimisme de l’action » (p. 258). Un actionnisme encore davantage renforcé chez Stirner, dépeint, là encore, comme un raté de l’existence – homme de trop au sens tourguénievien, mais véritable contrepoison à Hegel.

Aussi, dans un siècle entré de plain-pied dans un capitalisme de philistins où – déjà – « tous meurent aujourd’hui de remettre leur vie au lendemain », les trois penseurs se rejoignent dans un même dégoût du travail. Tandis que Thoreau invite à la considération d’une anastrophe du précepte chrétien : « reposez -vous la semaine pour œuvrer le septième jour », Stirner pratique une éthique de flibustier incitant au vol.

Mais à eux trois, ils représentent surtout le dernier acte d’un cheminement « contre-historique » menant jusqu’à Nietzsche. L’acte de clôture d’une possession philologique, Onfray n’étant jamais sorti indemne de la lecture de Nietzsche ; envoûté, hanté par sa phraséologie. On le comprend.

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