« Le Souci des plaisirs : Construction d’une érotique solaire » de Michel Onfray

Dans ce vade-mecum hédoniste dans la lignée de « L’art de jouir » et de sa « Théorie du corps amoureux », Onfray dresse à juste titre le constat de l’imprégnation chrétienne, essentiellement paulinienne : « Paul mit de la mort partout, comme on marque son territoire avec ses excréments psychiques » (p. 72). Le virage névrotique paulinien priva le monde d’une variation palestinienne du Bouddha. Le Christ, premier grand corps malade, demeure le modèle à imiter, à savoir ; un cadavre (p. 39).

Dans un énième plaidoyer pour l’affranchissement d’Eros de sa camisole monothéiste, Onfray dénonce les faux-athées tels Sade et Bataille, deux défenseurs inattendus de l’éros nocturne paulinien. « Extatiques, le Chrétien, le sadien, le bataillien communient dans ce même abattoir de carcasses humaines » (p. 115). Ces nihilistes de la chair, post-mort de dieu, désirent avant tout garder le christianisme intact et efficace afin de jubiler de sa transgression (p. 156). Dès lors, une nouvelle déchristianisation s’impose.

Du reste, opposant religion de la nature et de la vie contre religion du livre et de la mort (p. 197), Onfray dévoile les potentialités d’un Eros solaire indien ; un hédonisme spinozien supposant un partage des plaisirs par delà les espèces – Face à la thanatopraxie chrétienne, la jouissance indienne multiple : le Kâma-sûtra comme exacte antithèse à la Cité de Dieu.

Or, Onfray pense une nouvelle fois la déchristianisation sous le mode collectif, symbole des deux échecs précédents. Paradoxe récurrent ; Onfray oscille en permanence entre un communisme des sens : « la communauté doit inventer et prévoir tous les agencements possibles et imaginables afin de faciliter leurs réalisations » (p. 244) et un « je » rimbaldien – vecteur d’un solipsisme amoureux. Nietzschéen de gauche et philosophe populaire ; Onfray, penseur oxymorique avant tout, ne semble pas vouloir faire son deuil des masses éclairées, rêvant toujours du mariage contre-nature du bon sauvage rousseauiste au surhomme de Sils-Maria.

Et, quitte à recycler les salves du « Traité d’Athéologie », quid d’une première désislamisation ?

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