« Contre Venise » de Régis Debray

Pamphlet engagé et engageant contre la cité des Doges. « Ne consommez pas du Venise, s’exclame Debray, drogue qui n’est douce qu’au premier « voyage ». (p. 13) »

Debray oppose Naples, cité du vivant, à Venise, formolisée, qui par delà toute fierté, est devenue le Walhalla d’une « civilisation des loisirs » mondialisée. Mais l’« occident fabuleux des jeunes mariés japonais (p. 63)» symbolise également, pour le pratiquant occidental, l’«ultime sanctification du laïque (p. 81) », soumis à la religion de l’art – « la plus socialement valorisante des crédulités en circulation (p. 60). »

Aussi, davantage que la cité des masques, Venise est celle des miroirs, on y vient pour s’y voir : Venise « donne à chacun licence de faire la roue. (p. 75) » – le touriste y subissant un traitement esthétothérapeutique.

Moins caustique qu’il n’y paraît de prime abord, Debray dresse le constat cinglant d’une ville avant-courrière du futur européen le plus probable: « Peut être ce microcosme égocentrique qui a toujours eu quelques siècles d’avance, qui a inventé le ghetto bien avant les camps (…) et la lettre de change avant le cash-flow, est-elle en train d’inventer sous nos yeux endormis l’Europe insulaire de demain, réduite à son pittoresque. (p. 90) ».

Examen sans pitié d’un Debray définitivement (?) « revenu » de Venise, vous faisant constater que les pigeons de la place Saint-Marc – cette véritable mise en abîme de la cité – ont ce je-ne-sais-quoi d’êtres supérieurs.

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