« Le journal d’un homme de trop » de Yvan Tourgueniev

Récit d’agonie entamé par Tchoulkatourine deux semaines avant sa mort; symphonie pathétique d’un mal-être au monde, conviction d’une existence surnuméraire – non dénuée d’une certaine sagesse – se traduisant par une adhésion résignée à la futilité d’exister. « Mon apparition n’était visiblement par prévue par la nature, et, en conséquence, elle m’a traité comme un hôte inattendu et importun. […] Pendant toute la durée de ma vie, j’ai constamment trouvé ma place occupée, peut être parce que je cherchais cette place là où je n’aurais pas dû le faire. » (p. 17)

Constat accablant d’un individu sur son lit de mort, ayant avant tout souffert d’être « l’homme de trop » en amour. « Quiconque s’est trouvé être le témoin d’un pareil entraînement a vécu des moments bien amers, s’il aimait lui-même sans être aimé » (p. 43).

Pathos acerbe et souvent cocasse d’un être ne jouant aucun rôle dans la partition se déroulant devant lui. Cynisme dans l’écriture, portraits cruels de femmes : « la vieille Madame Ojoguine ne savait que gonfler ses plumes comme une pauvre poule effarée en voyant la pâleur de sa pauvre petite enfant » (p. 73) où l’on perçoit également, chez Tourguéniev, quelques tiraillements autobiographiques, telle cette délivrance que constitua la mort de sa mère.

Nihiliste malgré lui, Tchoulkatourine dépose amèrement sa plume face à une mort qui, pour une fois, fait sens : « en rentrant dans le néant, je cesse d’être de trop » (p. 82).

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