« Ramon » de Dominique Fernandez

L’éclectisme étant de mise chez Fernandez, des voix claires à l’introspection familiale il n’y a qu’un pas. Aussi, dans cette biographie colossalement fouillée, Fernandez dresse un portrait rigoureux de son géniteur Ramon. Tentative d’exhumation et de réhabilitation.

Or, en quoi nous intéresse la vie de Ramon Fernandez ?

D’une part, par la redécouverte d’une figure charnière – le « missing link » entre d’éminentes chapelles littéraires du passé. Coup de projecteur sur un individu que l’on aurait greffé par quelque procédé technique, tel un Forrest Gump, sur les photos d’époques. Étalant le catalogue des rencontres du père – véritable « mindmapping » topographique et patronymique – on entrecroise ainsi Proust, Mauriac, Drieu La Rochelle, Paulhan, Gide, Malraux ou Lou Salomé.

Ensuite, par le mystère d’une conversion – irrationnelle de prime abord – qui occupe et bouleverse Fernandez ; celle d’un homme, « athlète de la pensée », « lucide et bon serviteur de l’esprit » se laissant peu à peu « encadrer », « subordonner » et asservir par des négateurs absolus de l’esprit. Tel est l’énigme défoliée dans ce livre.

Souvent clairvoyant : « l’homme moderne croit offrir ses idées à la société : il n’a que les idées que la société lui offre. » (p. 571) RF est pourtant le premier à quémander sa pitance axiologique. Aussi, à travers la figure de RF, on discerne une sorte de poulet sans tête, qui par réflexe nerveux oscillerait aléatoirement entre les idéaux.

RF opte d’abord pour le « le camp des porte-monnaie vides », la SFIO, disposant d’un avis tranché autant sur sur le libéralisme : « Être libre, c’est connaître les forces qui nous gouvernent. Être libéral, c’est être esclave sans en avoir l’air. » (p. 571) que sur le socialisme : « un intellectuel est socialiste par prétention, par snobisme, par l’attrait qu’exerce sur lui cette grand foule mystérieuse qu’il ne connaît pas. » (p. 542). La greffe à gauche n’ayant pas pris, il atterri finalement au PPF, aux côtés de Doriot.

Alors que l’instabilité crasse d’un RF, « prêt, en somme, à la première sottise. » (p. 507) coïncide avant tout avec celle d’une époque, l’histoire du père laisse place à l’apologie du paria – grand thème chez Fernandez. Les pièces à conviction allant dans ce sens ne manquent point à l’appel; RF se fourvoyant jusqu’à la quasi ignominie. On retrouve donc ici la dégringolade annoncée – cette volonté indicible d’un être de se perdre complètement n’ayant pu suffisamment se trouver – Posture, imposture, déconfiture.

S’étonnant de la transmutation masochiste de son père, Fernandez ne fait pourtant que développer à chaque fois le même schéma, gratifiant de coups de bêche les cimetières des honteux de l’histoire. Néanmoins, après les avatars tragiques tels Caravage, Jean Gaston de Médicis, Tchaïkovski ou Pasolini, on découvre avec Ramon, l’archétype originel.

On rappellera simplement l’entrée de Fernandez à l’Académie Française qui, tenant fermement son pommeau d’épée agrémenté d’un Ganymède incrusté, déclarait que cette dernière ne se ferait pas sans l’ombre de Ramon.

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