« La Rose des Tudors » de Dominique Fernandez

Exégèse musicale autant qu’entreprise de démystification, Fernandez nous instruit avec ce livre d’une passion pour la féérie des voix claires qui l’habite depuis plus de trente ans.

Dénonçant la « victoire du conformisme sur le rêve androgynique » et s’insurgeant contre l’imposture historique et philologique, Fernandez plaide pour la réhabilitation musicale du goût pour le féminin dans le masculin ce « désir de réunir par le chant ce que la société a séparé » cette « aspiration à l’unité primordiale » (p. 138.)

Une unité que l’on retrouve aussi bien dans l’art des maîtrises anglaises des colleges et le recueillement éthéré des trebles, que dans l’effronterie enfantine de la Cantoria italienne ou des Sängerknaben teutons, voire, dans la volupté catalane des escolans de Montserrat.

Fernandez note qu’avec Verdi et Wagner, parangons du capitalisme et de l’essor industriel au XIXème siècle qui entraîna une division des sexes, la musique vocale fut rétrogradée et humiliée face aux nouveaux maîtres de l’industrie. La musique d’un Bach, d’un Händel, d’un Pergolèse, dont l’écriture fut initialement destinée aux voix enfantines, aux hautes-contres et castrats, est depuis lors défigurée par des voix féminines.

Aujourd’hui, Fernandez regrette l’extinction des voix de jeunes garçons, tout juste confinées à quelques cathédrales, tout en se réjouissant de l’avancée féconde des contre-ténors tels Andreas Scholl ou Philippe Jaroussky, concourant à la réhabilitation des castrats. Aussi, fustigeant la médiocrité du film Farinelli il castrato, Fernandez estime que « rien de plus calamiteux n’aurait pu arriver à la résurrection des voix blanches, que l’ébahissement du public ignare trompé par une affreuse contrefaçon. Tout est faux et mauvais dans ce film » (p. 118).

« Présenter Farinelli comme obsédé par la paternité impossible. Songe de petit-bourgeois ! » (p. 119). Au contraire: « toute la sève qui n’avait pas d’autre issue dans leur corps imprégnait l’air qu’ils chassaient de leur bouche » (p. 111). Fernandez dépeint ainsi les castrats comme des divinités sensuelles : « ces êtres n’avaient pas perdu leur sexe, ils l’avaient transféré dans leur voix. » (p. 111).

Sans tomber dans le manifeste misogyne, Fernandez livre ici dans un exercice difficile, un plaidoyer élégant certes teinté d’un certain hermétisme, mais restituant in fine la mémoire d’une écriture.

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