« Teleny » de Oscar Wilde

Ce texte sulfureux demeuré longtemps en clandestinité, d’abord nourri de contributions multiples et finalement repris dans son intégralité par Wilde pénètre dans les soubassements libidineux et craintes intimes du célèbre dandy.

Présenté comme une étude physiologiste, Teleny dépeint la complétude du génie musagète ; l’attirance quasi surnaturelle – télépathique – entre deux êtres que l’on croirait issu du mythe d’Aristophane, qui depuis leur première confrontation, ne cherchent qu’à s’enlacer dans le but de ne reformer qu’un seul être.

On y lit le cheminement obsessif d’un narrateur, Camille, dépassé par sa destinée amoureuse : « Mais plus je voulais ne pas penser à lui, plus j’y pensais. Avez-vous jamais été obsédé par les bribes d’un air dont vous ne vous souvenez qu’à moitié ? » (p. 47).

Récit cru dans la description des parties fines et des valses charnelles, Wilde expose tantôt avec suavité tantôt avec un zèle d’entomologiste, la délicatesse d’inventives perversions et dévoile les teintes polychromes d’une luxure toute victorienne.

Entre sentiment d’abandon et passion fusionnelle, les cruelles superstitions, déperditions bestiales et hystéries sensuelles dépassent à maintes reprises les limites de l’entendement. Or, un destin tragique plane au dessus des protagonistes avec la sensation d’un « bonheur bâti sur le sable » : « Pourquoi la nature ne nous a-t-elle pas créée comme les oiseaux, ou plutôt comme ces insectes éphémères qui ne vivent qu’un seul jour, mais un long jour d’amour ? » (p. 132).

Ces obscures intermissions, improbables dans un tel écrit orgiaque et priapique, dévoilent un Amour assombri par la prophétie, une prédestination tragique ou tout essor eudémoniaque s’entoure du voile des ténèbres.

Moins friand de bons mots que de coutume, la prose de Wilde reste toutefois enjouée, voguant entre volupté débordante et noirs tréfonds de l’âme, avec la mort en apothéose.

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Une réflexion sur “« Teleny » de Oscar Wilde

  1. Il est d’ailleurs intéressant de le lire afin de porter un regard plus large sur le psyché de Wilde, ce livre semble d’autant plus auto-biographique qu’il a, en son temps, été publié anonymement L’opposition de la volupté crue et folle de « Teleny » avec le romantisme platonique parfois gnangnan du portrait de « Dorian Gray » est particulièrement jouissive.

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