« Philosophie du dandysme: Une esthétique de l’âme et du corps » de Daniel Salvatore Schiffer

Adepte du prélèvement textuel et de l’étude comparative, Daniel Salvatore Schiffer propose une étude amplement documentée ; Barbey d’Aurevilly, Lou Andreas-Salomé, Camus, Sartre, mais puisant également au sein d’ouvrages récents.

Une historiographie du dandysme sous forme de recueil, agrémenté de beaux titres (dont ne rougirait pas un Michel Onfray – exemple: « Suite athéologique ou le crépuscule du mal »), où Schiffer développe son projet ; celle d’un alliage conceptuel entre Kierkegaard et Nietzsche permettant d’isoler l’essence même du dandysme moderne : « synthèse d’hédonisme épicurien et d’ascèse stoïcienne ». Une sorte de « spiritualisation du corps » et de « matérialisation de l’âme » ou la synthèse géniale et parachevée d’Apollon et de Dionysos: le « grand style » Nietzschéen.

Schiffer s’inspire ici de la théorie des trois stades chez Kierkegaard : « étapes chronologiques et successives, au sein du développement de toute existence humaine », qu’il distinguera sous la triple formule de « stade esthétique », « stade éthique » et « stade religieux ».

Toujours avide de syncrétisme philo-sémantique Schiffer oppose la « transascendance », une transcendance allant du stade esthétique au stade religieux chez Kierkegaard à la « transdescendance » nietzschéenne allant du stade religieux au stade esthétique.

Avec Camus, Schiffer pense le dandysme comme « une nostalgie de la morale », préambule existentiel du stade religieux. Le dandysme est alors replacé dans le contexte d’une « mystique sans dieu » avec le suicide comme suprême sacrement. L’esthétique prend ici, en tant que « mystique athée », le relais existentiel de l’éthique – une esthétique de la singularité.

Ainsi, le dandysme suggère une physiologie de l’Art avec l’émergence et la glorification d’un « corps artistique ». Avec Baudelaire, Schiffer fera l’éloge du maquillage – artifice « catholique » avant tout, puisqu’il rapproche l’être humain de la statue, c’est-à-dire d’un être divin et supérieur. Cette « métaphysique des apparences » (Baudrillard) propre au dandysme prône par conséquent l’œuvre d’art vivante, dans une vision pré-platonicienne faisant du corps le « reflet », et non pas encore le « tombeau », de l’âme.

Comme bémol, on notera cette fâcheuse tendance chez Schiffer d’attribuer bons et mauvais points aux différents auteurs, pourtant largement cités… un style hautain dans un tel type de patchwork théorique s’avère assez déplacé. Aussi, sous ce déluge référentiel on échappe de peu à la noyade grâce à un double-fil conducteur ; l’étude de cas de deux dandys paradigmatiques : Wilde et Baudelaire, agrémentée là aussi d’extraits exquisément choisis.

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