« Das konsumistische Manifest » (le manifeste consumériste) de Norbert Bolz

Dans ce manifeste teinté d’ironie, Norbert Bolz, théoricien et philosophe des médias outre-Rhin, dresse un constat sans appel; « nous assistons aujourd’hui au combat entre deux religions mondiales: l’antiaméricanisme et le consumérisme capitaliste. »

Selon Bolz, celui qui ne trouve pas de reconnaissance dans la société la cherche contre elle: « L’envie se mue en fanatisme ». Il envisage dès lors le fondamentalisme comme sauvegarde assertive d’une tradition souffrant d’un besoin de légitimation ; une agressivité se manifestant par le refus du dialogue, signe d’une religion qui se prend au sérieux. Religion et société moderne sont irréconciliables ; la religion représentant un système sociétal qui ne peut se concevoir comme système sociétal parmi d’autres.

Pour Bolz, il ne reste qu’un espoir à l’occident : la paix du marché (Marktfriede). Il ne s’agit donc pas d’exporter l’universalisme (occidental) des droits de l’Homme mais bien de contaminer les « Pays à risques » par le virus consumériste. Le consumérisme se présente ici comme système immunitaire globalisé contre le virus des religions fanatiques.

Aussi, dans la lignée de Walter Benjamin, Bolz aborde le capitalisme consumérisme comme objet de foi. L’histoire occidentale doit dès lors être comprise comme développement d’une relation parasitaire : le capitalisme germant tel un parasite au sein du christianisme. Dans ce capitalisme religieusement fondé, l’argent devient équivalent fonctionnel et « substitut technique » pour Dieu.

Aussi, Bolz perçoit l’Homme comme être corruptible et contingent réclamant un soutien extérieur. Un soutien qui ne lui est désormais plus fourni par la religion, la nation, la famille ou l’idée révolutionnaire. Ceci explique l’émergence du consumérisme comme religion de substitution et comme tentative de réenchantement d’un monde désenchanté.

Bolz expose tout au long de son œuvre cette équivalence fonctionnelle entre consumérisme et religion ; la consommation peut ainsi devenir un vecteur d’expérience transcendante – le comportement des consommateurs dévoilant certains aspects du sacré. En d’autres termes : le « Marktfriede » n’exclut en aucun cas Dieu, il l’intègre et le digère sous diverses formes.

Adepte des guérillas référentielles, Bolz opère de manière quasi-hypertextuelle; cheminant d’un rythme stakhanoviste d’un terrain à l’autre, peu inquiet de perdre son lecteur en route, soucieux avant tout de convaincre, voir de nous débarrasser – de force – de nos œillères. On ne s’étonnera donc pas de le voir conclure son état des lieux consumériste par un portrait au vitriol de l’Amour contemporain.

Après être revenu sur la prouesse paulinienne d’une réévaluation des valeurs de l’antiquité et la substitution d’Eros par Agape (ou, comment aimer son prochain alors que son prochain est avant tout un rival ?) Bolz commente le retour en scène de l’adolescent ailé comme escorte du grignotement parasitaire du christianisme par le capitalisme. « Eros est désormais employé de l’industrie consumériste. » L’amour répond donc lui-aussi aux règles de la religion consumériste avec ses impératifs de variabilité, de complexité; nous invitant à consommer l’Autre. Une déglutition complète donc…

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