« Le spectateur émancipé » de Jacques Rancière

Recueil de textes assez disparates sur la capacité d’absorption et de digestion de l’art sous toutes ses formes par le spectateur.

Rancière s’inscrit contre l’idée d’un spectateur dépourvu d’un pouvoir de discernement et d’une capacité d’action. « Être spectateur n’est pas une condition passive qu’il nous faudrait changer en activité mais bien notre situation normale. Tout spectateur est déjà acteur de son histoire ».

Rancière évoque dès lors un spectateur affranchi ; protagoniste et interprète actif d’un travail de décodage collectif – l’art polymorphe, ne prenant sens que dans ce processus de co-construction épistémologique. L’art comme dialogue.

« Les mésaventures de la pensée critique » et « les paradoxes de l’art politique » constituent deux récits clés. Rancière y oppose la fureur droitière d’une critique dite post-critique, fustigeant droits de l’homme et pensée 68, à la mélancolie d’une gauche voyant toute protestation se muer en spectacle et tout spectacle devenir marchandise.

Dans cette confrontation ontologique, une certaine téléologie consumériste accompagne donc le démocratisme, à savoir ; le triomphe du marché dans toutes les relations humaines. Quant à l’égalité, constitutive d’une pensée démocratique conquérante, elle existe avant tout (voire uniquement) comme nivèlement entre vendeurs et acheteurs d’une marchandise.

Rancière réplique à cette division par l’idée d’émancipation – l’émancipation comme réappropriation d’un rapport à soi perdu dans un processus de séparation. L’émancipation sociale donnant lieu à une émancipation esthétique – la redistribution des rôles laissant place à une redistribution des perceptions. Une redistribution constitutive que l’on retrouve dans la notion de « dissensus », présenté comme conflit entre plusieurs régimes de sensorialités.

Rancière affirme ici qu’un art, créant le dissensus, évolue en processus de subjectivisation politique : fendant l’unité du donné et l’évidence du visible pour dessiner une nouvelle topographie du possible. L’art rejoint par conséquent la politique : tous deux répondent à cette dynamique de dissensus en reconfigurant l’expérience commune du sensible.

Condamnant l’art activiste comme toutes autres tentatives d’infiltrations trop grossières de l’art en politique, Rancière perçoit l’art véritablement critique comme un art qui comprend que son effet politique passe par une distance esthétique. Un art qui au lieu de vouloir supprimer la passivité du spectateur, en réexamine l’activité.

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