« L’unique et sa propriété » de Max Stirner

Esquisse de post-Postface…

Souvent présenté à tort comme parangon classique du mouvement anarchiste, Stirner est avant tout un exterminateur d’enthousiasmes. Les passions rouges et noires laissent ici leur place à une prophylaxie solipsiste et raisonnée sous forme de douche froide.

L’Égoïste de Stirner est à lui-même son parti, sa patrie, son Être suprême, son Humanité. L’individu pratique la Raison d’Etat jurant tel Louis XIV, « l’État c’est moi ». S’érigeant ainsi contre toute effluence grégaire de cheptel révolté, contre la « Lumpengesellschaft », contre la société des gueux collectiviste (contre Proudhon), Stirner critique religieux, communistes, nationalistes, humanistes, socialistes et libéraux. Pour ces derniers il avise du rôle essentiel du Respect, symptomatique d’une peur devenue puissance intérieure à laquelle l’on ne peut se soustraire, à laquelle on adhère, à laquelle on croit.

Stirner s’applique également à déchristianiser l’Amour et harangue les humanistes : « Vous aimez l’Homme, c’est pourquoi vous faites souffrir l’homme individuel, l’égoïste : votre amour de l’homme est son tourment. »

La question de la propriété est abordée de manière précautionneuse, Stirner n’y voyant pas de solution simple : « personne, en général, ne s’indigne contre sa propre propriété, mais contre celle d’autrui. En réalité, ce n’est pas la propriété qu’on attaque, mais son aliénation ».

Clin d’œil Hobbesien lorsqu’il déclare ouverte la guerre de tous contre tous, préfigurant la volonté de puissance nietzschéenne par la volonté de propriété sur soi et les autres.

Lire et relire, ne serait-ce que la dernière partie de cette œuvre: « Ma jouissance personnelle », condensé de tout ce qu’il faut avoir à l’esprit pour ne plus croire en rien et enfin croire en soi…

Point final à cette propédeutique introspective : « C’est seulement lorsque je suis sûr de mon Moi et que je ne me cherche plus, c’est seulement alors que je suis vraiment ma propriété. » car si l’on se cherche c’est donc qu’on ne se possède pas encore. Stirner moque ici le romantisme comme espérance religieuse à échelle de l’individu. « Celui qui doit sacrifier sa vie, pour prolonger la vie, ne peut en jouir, et celui qui est à la recherche de la vie ne l’a pas et ne peut pas plus en jouir : tous deux sont pauvres « mais bienheureux sont les pauvres ».

Si l’on se possède enfin, on doit s’en satisfaire, mordre sur sa chique ou arborer un esprit de conquête – par volonté d’élargir les frontières de son Moi.

Notre boîte crânienne s’apparente à une maison hantée. Contre la peur perpétuelle des revenants, que l’on décore du nom de Respect, Stirner se fait chasseur de fantôme. Le fantôme c’est l’Idée, c’est l’Esprit. Nous sommes possédés, comme au moyen âge on était possédé du Malin. Boutons dès lors hors de nous-mêmes l’Esprit-Saint et tout autre résident ou squatteur parasitaire inconsciemment hébergé. Il s’avère que pour Stirner, l’idée ne jouit pas d’une existence antérieure au sujet pensant. Considérons-nous dès lors comme créateurs.

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Une réflexion sur “« L’unique et sa propriété » de Max Stirner

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