« Le cas Wagner » de Friedrich Nietzsche

Pamphlet présentant Wagner comme névrose et s’érigeant contre la consécration du comédien, témoin de l’entropie moderne: « Que le théâtre ne devienne pas l’art souverain. Que le comédien ne devienne pas corrupteur des purs. Que la musique ne devienne pas un art de mentir. »

Pour Nietzsche, Wagner et Victor Hugo signifient une seule et même chose : « que dans les cultures de décadence, et surtout là où la décision revient aux masses, l’authenticité devient superflue, néfaste, séparatrice. Seul le comédien suscite encore la grande exaltation. »

Abhorrant toute musique dont l’ambition consiste seulement à séduire les nerfs, Nietzsche encense Bizet, Händel, Rossini mais tacle sévèrement Liszt ou Brahms, sous-fifres wagnériens – « Brahms reste émouvant aussi longtemps qu’il se disperse en secret, ou bien qu’il pleure sur lui-même – c’est en cela qu’il est moderne »

Au fil des pages se dévoile une diatribe dépassant l’objet du pamphlet en tant que tel. Procédant par induction, c’est avant tout le moderne en Wagner que Nietzsche cloue au pilori. Aussi la lecture de ce brulot est à recommander ne serait-ce que pour l’épilogue, résumé définitoire implacable et concis de la modernité.

Un Nietzsche sans une once d’optimisme : « Tout va mal. Le délabrement est général. La maladie agit en profondeur. » Enfin presque : « en soi, la possibilité n’est pas exclue qu’il y ait encore quelque part en Europe les restes d’une espèce plus forte, d’hommes typiquement inactuels : et de là, on pourrait espérer aussi pour la musique l’avènement d’une beauté et d’une perfection tardives. »

En vérité, c’est en maquisard de la noble morale – morale des maîtres – que Nietzsche se pose, contre la morale chrétienne exsudant d’un Parsifal wagnérien: « Le chrétien veut en finir avec lui-même (…) – La noble morale, (…) à l’inverse, plonge ses racines dans une acceptation triomphante de soi-même, – (…) et elle a pareillement besoin de symboles et de pratiques sublimes, mais seulement « parce que le cœur déborde. Tout le bel art, tout le grand art se trouve là : leur nature commune est la gratitude. »

Lecture tantôt laborieuse, tantôt fortement cadencée où Nietzsche p(r)èche par esprit canaille. « Le cynique t’aura averti – cave canem… »

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