« L’âme humaine » d’Oscar Wilde

Wilde s’offre ici une percée très singulière dans l’utopie socialiste. « L’âme humaine » n’est autre qu’une ode à l’individualisme par le biais du socialisme.

Selon Wilde, le socialisme doit servir à l’instauration d’un individualisme salvateur. Haro sur le peuple, la populace, la plèbe, vulgaire et violente. Haro sur le Pape, le christ et la charité. Haro sur la propriété privée qui empêche l’individualisme de véritablement se développer, confondant l’homme avec ce qu’il possède. Cet individualisme émancipatoire vise « un nouvel hellénisme »; dépassant ainsi l’idéal grec encore trop dépendant de l’esclavage (Wilde rappelle ainsi que la science est capable de remplacer l’esclave par la machine).

Wilde se défend de faire l’apologie d’un égocentrisme barré, rappelant qu’il n’est en aucun cas égoïste de penser par soi-même: « Qui ne pense pas par lui-même ne pense pas du tout […] L’égoïsme n’est pas de vivre comme on le souhaite, c’est d’exiger des autres qu’ils vivent comme on le souhaite » p. 70.

Ce brillant essai dresse ainsi les jalons théoriques d’un anarchisme dandy, proche d’un Stirner dans la défense de l’égo, d’un Nietzsche dans l’éloge de l’artiste. Pour un art solipsiste contre tout compromis populaire – « le véritable artiste ne se soucie en rien du public » p. 61.

Wilde ne décèlera toutefois pas à temps, dans les abysses de l’âme humaine, cette volonté de faire souffrir, de réduire et de rapetisser les grandes âmes s’élevant par delà la plèbe – ce « ressentiment » savamment décrit par Nietzsche dans « généalogie de la morale ». Wilde part ainsi d’un constat erroné (« La faim, et non le péché, voilà ce qui engendre le crime moderne. » p. 36) – ce qui, tragiquement, le mènera à sa perte, ne disposant que de sa prose exquise pour se protéger de la haine de ses contemporains. Aussi, ce petit manifeste résonne parfois de manière affreusement fausse quand Wilde affirme qu’il « est […] évident que jamais le socialisme autoritaire ne pourra s’appliquer » p. 21.

Ne vous méprenez pas, ce Dandysme marxien, quelque peu candide, s’érige fièrement contre le socialisme médiocratique et normopathe ultérieurement disséminé.

Un socialisme opposant Athènes et Florence à Moscou ou Pékin. Une soif des grands hommes plutôt qu’une soif des grands soirs.

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